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Le Journal israélien

Ce que cachaient les sols de Tel Shikmona : une étude enrichit l'histoire de l'atelier de pourpre de Haïfa

Fragments de poterie et échantillon de couche de sol près d'un microscope, avec une fenêtre donnant sur la mer à l'arrière-plan
Illustration : examen de poteries et de sédiments dans un laboratoire d'archéologie près du littoral.

Les espaces de travail de Tel Shikmona, près de Haïfa, ne servaient pas seulement à produire la pourpre associée au site. Des chercheurs de l'université de Haïfa ont trouvé dans les mêmes zones des indices de pressage des olives, de présence d'animaux d'élevage et d'activités liées aux textiles. La conclusion principale est que les usages des pièces ont changé au fil du temps, et non que toutes ces activités s'y déroulaient simultanément.

L'université de Haïfa a présenté ces résultats le 5 octobre 2026, après la publication d'un article dans PLOS One le 24 septembre. Les chercheurs proposent que le passage d'une activité à l'autre ait suivi les saisons. Il faut distinguer deux niveaux de connaissance : la diversité des usages est étayée par les vestiges étudiés, tandis que leur attribution à des saisons constitue un modèle d'interprétation qui nécessite d'autres analyses.

Un atelier de pourpre, avec d'autres activités entre les teintures

Tel Shikmona se trouve sur la côte du Carmel, à Haïfa. L'étude porte sur une couche de l'âge du fer datée d'environ 790 à 740 avant notre ère et sur deux espaces de travail fouillés lors de la campagne de 2023. Les chercheurs rattachent ces activités à un complexe de production intégré à l'économie du royaume d'Israël.

La pourpre constitue le point de départ, et non une découverte propre à cette étude. Des preuves de cette industrie, notamment des poteries tachées de colorant, avaient déjà été trouvées. La nouvelle question portait sur ce qui se passait dans les mêmes espaces en dehors de cette activité visible, qui avait laissé des récipients de production et des teintures.

Cette question modifie la manière de lire un bâtiment antique. Une pièce contenant une installation de pressage des olives peut remplir cette fonction pendant la récolte, mais la présence de l'installation ne dit pas ce qui s'y déroulait le reste de l'année. Pour repérer les usages moins visibles, il faut regarder au‑delà des objets dignes d'un musée et s'intéresser aux petits vestiges laissés dans le sol.

Quand le sol devient lui‑même un document

L'étude originale sur les espaces de travail de Shikmona a examiné des échantillons de sédiments au moyen de méthodes complémentaires. Les chercheurs ont préparé des lames minces pour les observer au microscope, compté des vestiges minuscules et utilisé la spectroscopie infrarouge, une méthode qui aide à identifier la composition des matériaux et les traces de chauffe.

Cette combinaison est importante, car chaque méthode répond à une partie différente de la question. Identifier un matériau n'explique pas nécessairement comment il est arrivé là. La structure de la couche, ses relations avec les couches situées au‑dessus et au‑dessous et les traces de piétinement apportent du contexte. Ces éléments aident à distinguer une activité sur place, des matériaux apportés d'ailleurs et des transformations du sol.

L'article présente aussi des vestiges microscopiques liés aux plantes, aux cendres et aux déjections animales. Ce ne sont pas des détails secondaires par rapport aux poteries. Ils révèlent parfois des usages qui n'auraient laissé ni installation construite ni objet de forme reconnaissable.

Olives et animaux ont laissé des traces différentes

L'un des espaces de travail contenait des vestiges associés à la transformation des olives ainsi que des indices de présence d'animaux d'élevage. Les chercheurs ont identifié dans les sédiments des restes de déjections et des traces de piétinement, tandis que les pesons de métier à tisser présents dans l'ensemble des objets étayaient la possibilité d'un travail textile. Réunis, ces indices ont élargi l'interprétation au‑delà d'une activité unique.

L'autre espace de travail renfermait des indices liés à la production de pourpre ainsi que des éléments associés à la transformation des olives. Les chercheurs ont examiné ensemble les objets plus grands et la succession microscopique, au lieu de se servir d'un seul objet pour déterminer la fonction de la pièce à chaque période.

Les cendres situées au‑dessus des dépôts de déjections ont également reçu une interprétation possible. Les chercheurs suggèrent que leur épandage a pu servir à entretenir l'espace et à réduire odeurs et nuisibles avant un changement d'usage. C'est une explication proposée, et non la preuve que l'on peut reconstituer les consignes de nettoyage des personnes qui y travaillaient.

Le point commun est le passage d'un usage à un autre. Il ne faut pas nécessairement imaginer des animaux, un métier à tisser et un pressoir à olives fonctionnant en même temps dans une pièce. L'article propose une succession d'activités pendant l'utilisation du complexe, dont certaines traces se sont conservées dans le sol.

Les saisons : une explication, pas une date trouvée dans une couche

Les chercheurs proposent un cycle comprenant le pressage des olives à la fin de l'automne, l'accueil des animaux à l'intérieur pendant l'hiver et le travail textile au printemps. Cette proposition s'appuie sur le calendrier connu des activités agricoles ainsi que sur la composition des sédiments prélevés.

L'article précise que les sédiments ne permettent pas d'identifier directement une saison. Ils ne livrent pas un calendrier de travail exact et ne prouvent pas que chaque cycle se répétait dans le même ordre. Les chercheurs indiquent que de futures analyses de coquillages et de restes animaux pourraient permettre d'examiner plus directement l'hypothèse saisonnière.

La place de la production de pourpre dans ce cycle reste elle aussi ouverte. Les chercheurs évoquent la possibilité qu'elle se soit insérée dans des créneaux complémentaires, mais n'établissent pas de saison unique et démontrée pour cette production sur le site. Cette distinction ne fragilise pas le constat d'usages multiples ; elle définit précisément ce qui reste à résoudre.

Ce que l'étude apporte à l'histoire locale

Pour les habitants de Haïfa, l'étude dessine une image supplémentaire de Shikmona comme lieu de travail adapté à des besoins changeants. Le complexe est décrit non seulement par son produit de luxe, mais aussi par le traitement des matières premières, l'accueil des animaux et l'entretien des lieux. Ces activités sont moins spectaculaires dans une exposition, mais comptent pour comprendre la vie quotidienne.

Les chercheurs interprètent cette combinaison comme une gestion efficace des ressources et de l'espace. C'est une lecture économique fondée sur les découvertes, et non un document administratif nouvellement mis au jour contenant des instructions du pouvoir. L'étude n'établit pas non plus que tous les sites de production du royaume fonctionnaient ainsi.

L'apport plus général tient à la méthode : une appellation familière, comme celle d'atelier de pourpre, peut expliquer une partie du passé tout en en masquant d'autres. À Shikmona, les sédiments sous les pieds révèlent un espace qui n'est pas resté figé dans un rôle unique. La succession saisonnière demeure une question ouverte ; l'histoire plus large, au‑delà d'une seule industrie, repose désormais sur un ensemble de preuves plus détaillé.

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